14 juillet 2009
Torment: Le Sans-Nom
Le Sans-Nom de Planescape: Torment, parce que 1/ c'est le meilleur personnage principal du monde 2/Torment est le meilleur jeu du monde. :)
Bonus Grâce! (La chaste prêtresse succube du groupe.)
Tzabaztha chapitre7: Douloureuse aube
Chapitre 7: Douloureuse aube
Grand-carcère
est la prison de Zeppelin. Par le passé, les criminels de Baspin
étaient transférés à Tours-de-fer, une ancienne raffinerie où ils
étaient bien souvent condamnés aux travaux forcés. De nos jours,
Tours-de-fer a été rasée et à la place s'élève une "école" pour enfants
difficiles, dont on ne dit pas que du bien. La fonction globale reste
donc la même, seuls les bâtiments et l'âge des locataires changent. A
présent que Baspin et Zeppelin sont en cours de fusion, les bagnards
sont directement envoyés à Grand-carcère, qui, d'après une enquête
parue dans L'aiguille du Pin, possède les conditions de détention les
plus déplorables de toutes les villes Nord-Dériviennes. Cet article
interrogeait notamment un ancien détenu emprisonné pour vol, qui
faisait état de traitements dégradants, de cellules sales et
surpeuplées, de manque d'alimentation et de gardes ou débordés ou fort
peu professionnels. Ma place au sein du conseil municipal m'ayant
permis d'accéder aux registres, j'ai moi-même fait un bien triste
constat à propos de Grand-carcère: un quart des prisonniers qui y
entrent pour une durée déterminée en sortent les pieds devant, et je ne
parle même pas des condamnés à perpétuité. Ces hommes ont commis des
crimes, certes, mais pour moi comme pour d'autre, la prison devrait
être une mesure autant rééducative que punitive. Une fois leur peine
purgée, que penseront-ils d'une société qui, à grands coups de taloche,
leur a expliqué qu'ils n'avaient plus du tout leur place en son sein?
Croyez-vous vraiment que c'est ainsi qu'on décourage la récidive?
Pensez-y, et même si leurs crimes vous inspirent une haine qui peut se
montrer légitime, réfléchissez. Il n'existe point de monde bipolaire,
seulement des êtres humains avec leurs vices, leurs faiblesses et leurs
folies -mais leurs qualités aussi.
Tract anonyme distribuée dans les rues (imputé, mais sans certitude, à
Tzabaztha-Eugénie de Baspin). La réponse de monsieur Ferrand, actuel
directeur des prisons de Grand-carcère, s'est faite le jour suivant, en
première page de l'Aiguille du Pin, et expliquait avec un certain
agacement que c'était bien gentil à vous de critiquer, mais qu'il
aurait bien voulu vous y voir, vous, à diriger quelque chose qui
menaçait en permanence d'exploser tout en faisant avec le budget
ridiculement petit alloué au secteur.
Le moins qu'on puisse dire, c'était que le réveil d'Hugues fut un des
plus désagréable qu'il eut jamais connus (y compris la fois où sa
grande-tante lui avait balancé son bol de porridge sur le visage parce
qu'il était "encore en train de feignasser, fils d'imbéciles, je ne
sais pas ce qui me retient de coller une mandale à tes abrutis de
parents").
D'abord à cause des fers. C'était un signe qui ne trompait pas. Quand
on se réveillait menotté jusqu'au sang, les mains dans le dos, il était
peu probable que le reste de la journée se montre agréable. Hugues
était en chien de fusil sur un dallage de pierre froide qu'il ne
connaissait pas. Son dos était douloureux, sa tête aussi. En fait,
songea-t-il avec amertume, faire l'inventaire des endroits qui ne
l'élançaient *pas* aurait été nettement plus rapide. Sa colonne
vertébrale était tellement tordue par son improbable position qu'il ne
parvint qu'à s'arracher un gémissement de douleur en essayant de lever
la tête pour inspecter son environnement. Hugues déplia les jambes,
lentement. Chacune de ses articulations lui faisait mal, et il lui
semblait que son genoux gauche ne répondait plus,
Hugues était à présent allongé dans une cellule tout sauf accueillante,
les bras dans le dos, avec une migraine qui menaçait de lui faire
exploser le crâne. A part ça, tout allait bien de son côté.
"-Morte?"
Le regard myosotis de Mercure, plongé dans celui, identique, de sa
sœur, était flou et larmoyant. Les cheveux ébouriffés, les yeux cernés,
la lèvre tremblante, le jeune homme avait pour l'heure perdu de sa
sauvage et énergique magnificence. Il vit sa sœur hésiter, mordiller
frénétiquement sa lèvre inférieure sans paraître s'en rendre compte.
Elle avait un air pitoyable. Les bouclettes de sa chevelure étaient
toujours dans un désordre innommable, mais elles pendouillaient
maintenant tristement des deux côtés de son visage bouffi par le
chagrin. Elle pouffa en retenant un sanglot. Mais un pâle sourire
naquit sur ses lèvres minces, gercées par ses mordillements incessants.
"-Officiellement..."
Mercure retint un hoquet de surprise. Sa sœur venait de se précipiter
avec maladresse, de se serrer contre lui avec toute la force de ses
bras rachitiques, la tête posée sur sa poitrine, l'inondant de larmes.
C'était tellement... Tellement peu Tzabazthien.
"-Officiellement... Morte."
Mercure n'avait vue Tzabaztha dans cet état qu'une seule fois. Et
ç'avait été à la mort de leur père. Et encore. Le comte s'était éteint
tranquillement, succombant en silence et dans son lit à la maladie qui
avait fait de lui une statue paralysée. Vers la fin, ses enfants en
étaient même venus à lui souhaiter la mort, tant il était visible que
la vie lui était pénible. Andréa... Était différente. Ils la croyaient
plus ou moins éternelle. Elle était de ces gens qui sont, tout
simplement. On ne l'imaginait pas mourir, et on imaginait encore moins
quelqu'un tenter de l'assassiner. Et pourtant...
Tzabaztha recula. Hors de l'étreinte de sa demi-sœur, Mercure parut
s'affaisser. Ils allaient avoir besoin de se soutenir. La jeune femme
essuya bravement ses larmes d'un revers de manche, et se tint droite,
un peu trop même, en face de son frère. Elle lui débita d'un ton
monocorde la situation.
"-Officiellement... Hugues s'est introduit dans ses appartements
pour... L'assassiner. On l'a retrouvé évanoui près d'elle, des
griffures au visage. Et il y avait du sang sous les ongles de Mère, et
des traces rouges sur son coup. Vraisemblablement, le serpent a essayé
de l'étrangler. Elle... Elle suffoquait quand je l'ai trouvée. Elle n'a
pas passé la minute, petit frère... Je suis... Déso..."
Sa voix finit par s'étrangler. Elle n'avait aucun lien biologique avec
Andréa, mais l'avait toujours considéré comme sa maman plutôt que comme
sa belle-mère, la deuxième femme de son père. Ce devait être aussi dur
pour elle que pour lui, songea Mercure en une pensée sensée au milieu
du brouillard de chagrin qui embrumait son esprit. Tzabaztha était une
femme de science, Andréa une élégante jusqu'au bout des ongles,
pourtant il y avait toujours eu un lien entre les deux. Il avait
conscience d'être une partie de ce lien, une partie importante. Et s'il
n'avait pas existé? Tzabaztha pleurerait-elle autant? Le jeune homme
s'avança vers sa sœur, craignant qu'elle ne perde conscience. Il la
prit à son tour dans ses bras. S'il tremblait, ce n'était rien en
comparaison des spasmes qui agitaient le corps de Tzabaztha.
"-Il est... A Grand-carcère... Hugues... Maintenant..."
Pourquoi avait-il été retrouvé inconscient? Cela ne collait pas. Il
avait tué Andréa. La révélation de sa propre abomination pouvait-elle
faire perdre conscience? Il n'avait jamais vu cet homme. Andréa
n'aurait pas choisi un fou, mais avait-elle pu s'être trompée?
Et que faisait-il dans sa chambre à une heure aussi avancée de la nuit?
Mercure se refusait à l'imaginer. Et pourtant, il allait falloir tirer
tout cela au clair. L'intelligence de Tzabaztha lui aurait bien été
utile, mais la pauvre était tellement effondrée... Et ce n'était
sûrement pas la police qui allait l'aider. Bien que membre de la
municipalité, Mercure n'avait aucune confiance en elle. Il avait un
contact en son sein, et ses rapports faisaient souvent état de procédés
plus que douteux.
Tzabaztha, toujours perdue dans les bras immenses de son frère, ne vit
pas l'air furieux qui balaya les larmes du visage de celui-ci. Hugues
Callist. Cet homme allait payer.
Tzabaztha était sur le seuil. Qu'est-ce-qui l'empêchait d'entrer? Les
deux corps étaient parti: l'un reposait en prison, l'autre dans des
draps blancs. Tête haute, elle s'engouffra dans la chambre d'Andréa.
Elle était identique à son image nocturne, à cela près que le soleil
perçait entre les rideaux et que les lampes s'étaient éteintes
d'elles-même depuis longtemps. Les yeux rougis de Tzabaztha se
promenèrent sur la chambre. Semblable... Et différente. Qu'est-ce-qui
l'avait tant effrayée? Sa conscience lui souffla la réponse: la
présence d'Andréa et d'Hugues. Non. Elle repoussa cette idée. Il était
normal de ressentir un *petit* choc en voyant sa mère bavante et
assassinée dans son propre lit, et son fiancé à côté, mais ce n'était
pas de cela qu'il s'agissait. Elle avait perçu quelque chose dans la
pièce. Quelqu'un, Ursuline sûrement, avait entrouvert la fenêtre.
C'était quelque chose de singulier, parce que la tradition Dérivienne
voulait que soit laissée intacte la chambre d'un défunt, au moins
jusqu'à son enterrement. Et elle savait Ursuline un brin
superstitieuse.Tzabaztha effectua un retour arrière. Les fenêtres
étaient déjà ouvertes la nuit du meurtre. En fait, elle les avait vues,
cachées derrière les rideaux mais ouvertes quand même, laissant passer
un courant d'air froid dans la pièce. La jeune femme ne put que
remercier sa formidable mémoire. Nuls doutes qu'elle lui serait très
utile.
Il fallait quelqu'un pour enquêter sérieusement sur cette affaire. Elle
eut un pâle sourire. Elle ne pouvait faire confiance qu'à elle-même.
Pourquoi ces imbéciles de la police n'avaient-ils rien relevé? Elle les
savait corrompus.
Et elle, Tzabaztha, elle savait tout. Ou du moins, une grande partie du
tout. Et c'était de son devoir de faire la lumière sur cette affaire.
Mercure. Pauvre Mercure. De son côté, il allait penser la même chose.
Mais il n'avait pas été là. Il ne savait rien, sauf si... Ah!
Tzabaztha avait de très bonnes raisons de lui mentir. D'excellentes,
même. Mais cela lui brisait le cœur. Les larmes sur lesquelles il
s'était mépris tout à l'heure recommencèrent à dégringoler des yeux
bleus de la jeune femme. Il adorait sa mère. Ce n'était pas feint. Il
n'avait pas de mobile. Mais il avait les moyens, et l'occasion.
Elle ne pouvait avoir confiance en personne. Tzabaztha gratta la gorge
de sa belette, enroulée sur son épaule comme un petit serpent paresseux
et couvert de fourrure. C'était ridicule. Elle connaissait Mercure.
C'était encore un enfant. Elle rit avec amertume d'elle-même. Cinq ans
les séparait, si peu, et elle considérait encore le jeune homme comme
un "enfant".
Et dans quatre, il serai majeur. Quatre ans de "régence" qu'elle allait
devoir assurer, à la place de sa belle-mère disparue et de son
demi-frère trop jeune. Régence de quoi? Il n'y avait plus de comté. Il
y avait une ville, ses citoyens, son conseil. Mais il restait le
château, et toutes ces tâches absurdes qu'on cédait en général à ce qui
restait de la noblesse décorative, pour faire bien (comme
l'inauguration très solennelle de nouvelles toilettes publiques). Elle
n'était même pas certaine de se montrer meilleure que lui à la tâche.
Mais on attendait d'elle qu'elle prenne les choses en main, et,
secrètement, on s'attendait aussi à ce qu'elle échoue: tout le monde
connaissait la distraction de Tzabaztha et son manque d'intérêt pour
les choses immédiates. Oh, ils verraient. Tous ces serviteurs... Il
allait falloir en renvoyer. Ni Mercure ni elle n'avait franchement
besoin d'une dizaine de personnes à leur service seul.
L'attitude de la solide, la concrète Ursuline était suspecte également.
Elle était la première à avoir vu les corps, avant Tzabaztha même... Et
pendant qu'Andréa était toujours... "Vivante". Tzabaztha ne lui en
avait pas parlé. Elle ne s'enfuirait pas. Après tout, Tzabaztha était
la seule à avoir des raisons de la soupçonner.
Hugues. Il fallait qu'elle le voie. Elle doutait d'être admise à
Grand-Carcère, et encore moins pour visiter l'homme qu'on disait
l'assassin de sa mère. Mais elle devait le voir. Il détenait sûrement
des éléments importants, voire très importants. Elle sentait venir la
mort du jeune homme, qu'elle n'osait plus appeler "son fiancé", aussi
sûrement qu'elle sentait venir la pluie quand toutes ses articulations
lui faisaient mal. Les procès dans ce genre ne traînaient pas. Elle
était loin de s'en réjouir. Elle était fortement opposée à la peine de
mort, et même dans ce cas où tout le monde s'attendait à ce qu'elle
manifeste une haine tenace envers le jeune homme. Pourquoi la
voyaient-ils tous aussi effondrée? Elle était triste, en colère, nuls
doutes là-dessus, mais elle savait garder la tête froide. Personne ne
le comprenait. Et c'était tant mieux. Moins on se douterai de ses
soupçons, moins le meurtrier verrai le coup venir. Ils étaient tous
suspects: frère, serviteurs, fiancé, inconnus qui auraient pu
s'introduire nuitamment dans la chambre de sa mère...
Andréa. Pauvre Andréa. Étranglée, morte et bientôt enterrée... Il aurait mieux fallu qu'elle l'ait réellement été.
Car le poison de son meurtrier l'avait condamnée à un sort pire que la mort aux yeux de Tzabaztha: la folie.
13 juillet 2009
Mike Libby
"Rhaaaa putaing! Engrenages! Scarabées! Gneungneuh! Grah! Blouh! Rha! Engrenages! Araignées!" résume à peu près ma pensée en visitant le site de Mr. Mike Libby, un artiste qui, comme on dit dans le monde très huppé des grands critiques "fait des choses qui roxxent du boudin". Chacun ici connaît mon amour presque maladif des engrenages, et ma passion pour le dépiautage de réveils et autres montres à gousset. Enfin, je ne sais pas si vous le saviez tous (oui, vous tous, là, la foule beuglante d'au moins une demi-personne par jour qui se retrouve par hasard ici), mais en tout cas maintenant c'est clair. D'autre part, j'ai toujours été fascinée par les insectes, sauf les mouches et les moustiques parce que ceux-là franchement ils me pompent l'air. Bref. Un engrenage, c'est beau. Un insecte, ça rox. Mélangez les deux, et vous obtiendrez quelque chose capable de réduire même la plus intelligente des bloggeuses (ben quoi?) à un état primitif "gaaaah, steampunk insectoïde, moi vois moi veux". Bref, assez parlé!

Bô! Et le site du monsieur, bavez pauvres mortels! Bref. Gneuhgneuh!
12 juillet 2009
Xaiio
Vous vous souvenez de Xaiio? Peut-être pas, ça fait un an. Mais la sorcière tanarruk (demi-orque avec du sang de fiélon) est toujours là, même qu'elle a un portrait dites donc. Waw.
11 juillet 2009
Princesses & dragons (3)

Ahaha, je sais, petits caractères. Souffrez.
08 juillet 2009
Princesses & dragons (2)
07 juillet 2009
Tzabaztha chapitre 6: Concerto pour une agonisante
Chapitre 1: Fiançailles mon @#%! amour
Chapitre 2: Pour vos beaux yeux
Chapitre 3: Thé, suie et allergies
Chapitre 4: Vingt heure passé
Chapitre 5: Un long dîner de fiançailles
Chapitre 6: Concerto pour une agonisante
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Chapitre 6: Concerto pour une agonisante
L'angoisse
de la mort est tout à fait humaine. Je dirais même qu'un homme ou une
femme ne craignant nul poignard ou poison, ou feu ou révolution, est à
éviter comme la peste. La religion, surtout, dans notre contrée, celle
d'Aur qui promet réincarnation aux "bons" (qui ne sont, comme c'est
pratique, que les Aurites) offre un abri aux esprits trop faibles pour
ériger leurs propres murailles. Ma muraille à moi, c'est la science, et
je m'y perds de toute mon âme parce que mon corps dépérit depuis ma
naissance. J'ai peur de la mort. Ce mystique convaincu, ce
révolutionnaire, eux aussi en ont peur. Même ce fou furieux qui se
projette sur les baïonnettes ennemis en a peur. Tous ne le savent pas,
et beaucoup érigent, comme moi, leurs propres remparts: idéaux,
sentiments... Tout cela repose sur le pouvoir de persuasion que l'on a
sur soi-même: la tromperie de son propre esprit est une chose délicate,
cependant beaucoup la pratiquent de manière inconsciente. S'obliger
sciemment à oublier la mort, ou à s'y précipiter sans but avoué est
beaucoup plus dur. En fait, sauf dans les cas de folie grave, je ne
pense pas que ce soit réellement possible.
Tzabaztha-Eugènie De Baspin, @#%! de foutu essai d'essai sur la nature humaine.
Et ils rêvèrent beaucoup...
Tzabaztha secoua sa chevelure désordonnée. Elle était très fatiguée
physiquement, mais toujours en pleine forme morale, et ne voyait pas
l'intérêt d'aller se coucher puisqu'il n'était, d'après l'horloge de sa
chambre, qu'une heure du matin, et qu'elle était encore loin d'être
satisfaite de ses bottines à réaction. Elle se gratta le crâne. Il y
avait un problème de vapeur. Il y avait toujours un problème de vapeur,
dans la plupart de ses inventions. Tzabaztha tira la jambe hors de son
bain de pied glacé. Elle en serait bonne pour des orteils écarlates et
un brin douloureux pour quelques jours.
Elle avait des pieds assez réglementaires: cinq orteils à chacun, et
même s'ils étaient un peu trop tournés vers l'intérieur et qu'ils la
faisaient marcher d'un pas erratique, ils paraissaient moins...
Maladifs? que le reste de son anatomie. Bon, d'accord, ses chevilles
avaient la particularité de se fouler en toute occasion.
Tzabaztha retira ses pieds menus du baquet d'eau glacée, se saisit
d'une serviette de tissu bleu particulièrement fatigué sur une table
proche et entreprit de les sécher avec délicatesse.
Des cris de femme, étranglés, désespérés, fous même, retentirent dans tout le bâtiment.
Reconnaître la voix de contralto d'Andréa n'était pas bien dur, même
dans ces hurlements désordonnés entrecoupés de glapissements plus aigus
et de râles rauques.
Tzabaztha sauta sur ses pieds nus, et le poids de la fatigue qui tomba
soudainement sur ses épaules ne put l'arrêter dans son élan. Elle se
mit à sautiller, orteils à l'air sur le froid plancher, ses jupons et
jupes voletant autour d'elle comme autant de papillons retraités et
arthritiques.
Ces cris... Si elle n'avait su reconnaître la voix de sa belle-mère,
elle aurait juré que quelqu'un égorgeait un cochon dans le grand hall.
Ou plutôt qu'on égorgeait une portée de porcelets munis de porte-voix,
sous les yeux de leur mère elle-même cantatrice d'opéra. Ils
résonnaient dans le manoir, sinistres, sans fin, avatars d'une douleur
inhumaine,
On assassinait l'ex-comtesse.
Des mots qui avait du sens séparément, mais mis ensemble...
Tzabaztha trébucha. Pesta.
Non, effectivement, cela n'avait pas de sens.
Mauvais couloir. Oh, comme ils se ressemblaient tous!
On n'assassinait pas Andréa-Mirabelle de Basbin.
Et pourtant, c'était sa voix, sa chambre.
Ce n'était pas... Protocolaire.
Un train mou et en colère percuta Tzabaztha de plein fouet. Il sentait
très fort l'eau-de-vie bon marché. Ursuline. Elle braillait, pleurait.
Elle aussi avait entendu les cris. Tzabaztha ne l'avait jamais vue dans
cet état. Elle paraissait... Ivre. La jeune fille fut désorientée par
la collision.
"Où..."
Ursuline était partie. Tzabaztha se releva, vacillante et choquée.
C'était un de ces moments au cœur de la nuit, irréel, ou on ne prêtait
plus aucune attention à la petite malade qui jouait avec la science
pour tromper son ennui.
C'était un de ces moments où on pouvait voir Andréa-la-parfaite se
mettre à hurler comme une démente, où on décidait d'assassiner
quelqu'un qui ne pouvait pas mourir parce que ce n'était pas
*convenable* de mourir assassinée, où Ursuline perdait toute résistance
au poison alcoolisé qui était comme son deuxième sang, et où Tzabaztha
pleurait à chaudes larmes d'enfant parce qu'on l'avait renversée sans
lui prêter attention, parce qu'on avait fait d'elle un simple obstacle
sur la voie qu'on voulait emprunter...
Tzabaztha se fustigea, se maudit. On tuait sa mère, et c'était pour
elle-même qu'elle pleurait, alors qu'elle ne se le permettait jamais.
Mais les larmes ne cessèrent pas de couler, et elle reprit sa route en
hoquetant, trottinant, boiteuse, jusqu'à la chambre d'Andréa. Solo des
battements erratiques de son cœur...
Plus de cris.
Plus de cris!
Plus de cette mélodie désespérée, cette chanson d'agonie: les dernières
notes s'étaient jouées alors que démarrait la symphonie des sanglots de
la jeune femme.
Porte fermée.
Porte fermée? Non, pourtant. Mais la main de Tzabaztha était
tremblante, la poignée était immuables, et la porte lourde, si lourde,
les charnières dures, si dures...
Il y avait cette pièce, qu'elle connaissait à peine. Le sanctuaire
d'Andréa. Tout comme sa belle-mère ne se permettait pas d'entrer dans
la chambre de Tzabaztha, cette dernière évitait soigneusement de
troubler l'intimité de l'ex-comtesse. Là, bien sûr, c'était différent,
puisqu'on l'avait assassinée, son précieux protocole était mort avec
elle. mais la jeune femme ne put s'empêcher de reculer, jusqu'à heurter
du dos l'autre côté du couloir. Elle s'était attendue à une pièce
obscure, à un corps tordu, souillé de sang, au milieu de tentures
lacérées.
Les lanternes murales étaient toutes allumées, et projetaient une
flamme qui eut presque pu paraître paisible sur le boudoir. Bureau:
encrier, plume, cire à cacheter, lampe à pétrole, le tout rangé de
manière si parfaite que c'en était exaspérant. Un moustique tournoyait
autour d'une des lanternes, et son bourdonnement assourdissait la jeune
femme, à la respiration toujours entrecoupée de hoquets. Il y avait des
rubans, une robe posée sur un fauteuil garni de velours, des armoires
d'acajou élégant, pleines de monstres, des tiroirs soigneusement fermés
qui ne contenaient, elle en était sûre, que poisons et dagues. Une
étagère pleine de livres aux couvertures de cuir fines et colorées, qui
à la lumière des lanternes malicieuses prenaient l'apparence de
manuscrits interdits.
Un décor de théâtre. La farce muée en drame. Oh, comme le procédé était
désagréable! Comme il était cruel de se rendre compte qu'on ne
connaissait pas son texte, que le metteur en scène était mort et que
les acteurs s'entre-déchiraient!
Déjà l'acte II! Déjà! Scène I...
Elle savait que c'était exactement ce à quoi devait ressembler le
boudoir de sa mère. Impeccable jusqu'au dernier recoin. Rien n'avait
été touché, et pourtant, il y avait une impression de faux, de
déplacement.
Peut-être à cause du corps d'Andréa si délicatement bordé, qui, l'écume
aux lèvres, les yeux grands ouverts et hagards, n'avaient même pas eu
la force de se tirer de ses draps.
Peut-être à cause de celui, évanoui, d'Hugues, ses yeux gris
pareillement ouverts, qui fixait le plafond avec une terreur que
l'inconscience ne parvenait pas à effacer.
Peut-être à cause du hoquet choqué qui s'échappa d'entre les lèvres
d'Andréa, et de la bulle de salive grisâtre qui éclata à la commissure
de celles-ci.
Oh oui. Peut-être bien.
04 juillet 2009
Yttiq
03 juillet 2009
Princesses & dragons (1)
Une petite série de 4 bd (très) courtes qui m'a servi d'excuse pour dessiner des dragounets. Comme d'habitude, l'humour pas drôle sera au rendez-vous ;).
30 juin 2009
Tzabaztha chapitre 5: Un long dîner de fiançailles
Chapitre 1: Fiançailles mon @#%! amour
Chapitre 2: Pour vos beaux yeux
Chapitre 3: Thé, suie et allergies
Chapitre 4: Vingt heure passé
Chapitre 5: Un long dîner de fiançailles
Chapitre 6: Concerto pour une agonisante
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Chapitre 5: Un long dîner de fiançailles
Je
n'ai jamais eu beaucoup d'amis. Mes parents, que je préfère qualifier
de "sur-manipulateurs" plutôt que de "sur-protecteurs", ne me l'ont
jamais permis. Mon cercle s'est souvent restreint aux employés de la
bijouterie, aux apprentis avec lesquels j'ai appris la gravure, la
ciselure, la forge et l'estimation. J'ai été élevé pour l'utile, non
pour l'agréable. Je suis allée dans de bonnes écoles privées, bien
Zeppelinannes, et je n'y ai rencontré que froideur de la part des
élèves et des professeurs. Les enfants bien éduqués ne jettent point de
pierres, mais se contentent de dédain, ce qui est, de mon point de vue,
bien pire. Si j'eus quelques amis durant ma jeunesse, ils furent trop
rares, et rapidement éloignés de moi. Je me sentais perpétuellement
seul. Ce serait mentir que de dire que mon enfance fut la période la
plus heureuse de mon existence. Au moins, à la bijouterie, j'ai su me
faire des amis. Même s'il y a une chose que ma proximité avec les
apprentis de mon âge n'a jamais pu effacer: mon statut de fils de
patrons... Et le leur d'employés.
Hugues
Vint le dîner: perdrix aux champignons finement arrosée du flot continu
de paroles de l'ex-comtesse, suivie d'une tarte à la rhubarbe saupoudré
de questions. Les oreilles d'Hugues bourdonnaient. Andréa lui donnait
envie de se tuer. Elle ne lui faisait pas du charme. On ne pouvait pas
dire cela comme ça. Il doutait de réellement intéresser la noble pour
autre chose que l'argent de ses parents.
Mais elle essayait, pour il ne savait quelle raison, de mettre son âme
à nue, de l'écorcher, de lui soutirer tout ce qui pouvait l'être. Par
devoir de belle-mère stéréotypée? Pour le plaisir? Pour s'assurer de sa
loyauté?
Il répondait machinalement. Il n'aurait pas dû, il le savait.
Surveiller sa langue, mentir par omission, pas trop mais suffisamment
pour ne pas être la merci de son interlocutrice, voilà ce qu'il aurait
dû faire. Bon sang, il ne connaissait cette femme que depuis quelques
heures!
Elle le troublait. Elle n'était pas vraiment belle, mais tout en elle
respirait la grâce. Elle avait un maintient impeccable, et paraissait
facilement une quinzaine d'années de moins que son âge véritable. Les
quelques rides qui sillonnaient sa peau brune ne faisaient que mieux
ressortir l'éclat de son sourire et la douceur trompeuse de ses yeux
sombres. Elle était une Dame.
Pauvre Tzabaztha! Elle n'aurait su tenir la comparaison. Alors que les
cheveux d'Andréa étaient impeccablement nattés dans son dos, Hugues se
rappelait ceux de sa fiancée comme une explosion de bouclettes
désordonnées, façon pissenlit à anglaises dynamitées.
Et d'un autre côté... Andréa était dotée d'un esprit vif et d'une
intelligence tranchante qui contrastaient nettement avec la géniale
folie de sa belle-fille. Elle n'avait aucune imagination. C'était
frappant, et effrayant aussi. C'était pourquoi, par d'habiles feintes
dignes d'un escrimeur (ivre), il évitait de croiser son regard. Il
*voyait* trop dans les yeux. Si Andréa savait disséquer une âme par la
parole, lui, il lui suffisait d'un regard, mais c'était au prix de sa
personnalité. Et il ne voulait surtout pas assimiler, même
momentanément, celle de la noble. Comme il maudissait sa mollesse! Il
était naïf, influençable, tout le monde en profitait, ses parents
gluants les premiers, et c'était comme si le fait d'en être
parfaitement conscient l'empêchait de changer.
"-Vous aimez la science? Ma fille en est folle. Oh, je sais, il y en a
qui disent qu'elle est folle tout court, mais je ne pense pas.
Tzabaztha est un génie. Elle n'aime pas partager son savoir
malheureusement...
-La science? Quelle science, ma dame? J'ai fait quelques études, sans
pouvoir me vanter d'affinités particulières avec ces matières.
-Toutes, et c'est bien là le problème. Elle passe de l'astronomie à la
médecine, sans transition. Elle a l'air de penser que tout est lié,
mais elle exagère. Elle fait de gros efforts pour comprendre le monde,
voyez-vous, mais la pauvre, cloîtrée dans sa chambre comme elle l'est,
elle ne peut pas confronter ses points de vue à des gens aussi
intelligents qu'elle. Mais vous avez l'air d'avoir l'esprit vif, je ne
serais pas étonnée que vous lui appreniez quelques petites choses."
Oh que si, elle en serait très, mais alors vraiment très, étonnée. Elle
avait une très haute estime de l'intelligence de sa fille, supérieure
même à la réalité. On avait les fiertés qu'on pouvait.
Hugues fut vexé de se rendre compte qu'elle le prenait pour un imbécile
inculte, mais comme elle le menait par le bout du nez, soupira t-il
intérieurement, elle n'avait peut-être pas tord.
"-Vous, Hugues, vous êtes un artiste. Normal pour un fils de joailler!
Personnellement, il m'arrive de m'adonner à la peinture, et Mercure est
tout à fait respectable au clavecin. C'est notre côté de la famille.
Tzabaztha n'est pas de mon sang, donc j'imagine que c'est de sa mère
qu'elle tient ses dons. A ce propos..."
Et ainsi de suite jusqu'à la fin du dîner. Lorsque Hugues se leva de
table, il était plus épuisé que s'il avait dû effectuer une dizaine de
fois le trajet boutique-manoir. Sa bouche était pâteuse, sa tête lourde
et ses paupières irritées par la chaleur de la pièce. Il demanda
poliment à la maîtresse de maison l'autorisation de se retirer. A
ndréa lui fit un sourire absolument charmant, et le précéda dans les
escaliers pour le guider à sa chambre. Ça, il était presque sûr que ça
n'était pas protocolaire du tout. La rampe d'escalier. Il se focalisait
sur la rampe d'escalier, et ses motifs de serpents marins, de dragons,
de sirènes, de sirènes, de sirènes, de sirènes... L'ex-comtesse sentait
fort le parfum. Ce n'était pas désagréable, parce qu'il s'agissait de
fragrances florales et non de musc, mais il ne pouvait s'empêcher de
percevoir une légère odeur de fumée en note de fond. Décidément, la
fumée le suivait partout. Ces derniers temps, son odeur imprégnait la
ville, et jusque sur cette élégante elle apposait son sceau métallique.
Tout était clair. Zeppelin finirait par brûler. Les soulèvements
n'étaient pour le moment que les balbutiements d'un gigantesque
incendie qui brûlerait tout et emporterait tout sur son passage, sans
considération pour le bien-fondé des revendication des uns ou des
autres, des mesquineries, des amitiés, des trahisons. Cela commençait
par la fumée des industries, et finirait par la cendre universelle, le
bouillon humain, le bal des cadavres carbonisés parmi lesquels
Andréa-Mirabelle de Baspin ne serai pas différente de la vieillarde aux
yeux noisette....
Hugues était morose. Cynique, même (cela résultait-il aussi de sa très
longue discussion avec Andréa? Cette fois, il en doutait). Il voulait
dormir.
Il eut l'impression d'être jeté dans la chambre qu'on lui avait
attribuée, même si c'était avec une révérence tout ce qu'il y avait de
plus gracieuse qu'Andréa congédia son hôte.
Silence. Pressentant des rêves agités mais n'ayant nulle envie de
veiller et s'épuiser pour en retarder inutilement la venue, Hugues
s'effondra tout habillé sur son lit, le menton dans l'oreiller et les
chaussures sur la couverture.


