Grmpheries

Jeux vidéo, dessins et conneries d'une dragonne qui mange du fromage et des pommes à ses heures.

23 juin 2009

Tzabaztha chapitre 4: Vingt heure passé

Chapitre 1: Fiançailles mon @#%! amour
Chapitre 2: Pour vos beaux yeux
Chapitre 3: Thé, suie et allergies
Chapitre 4: Vingt heure passé
Chapitre 5: Un long dîner de fiançailles
Chapitre 6: Concerto pour une agonisante

 
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Chapitre 4: Vingt heure passées

La Barrière est sans doutes le plus grand archipel de Bleue. Il s'étend, comme une ceinture, tout autour de la planète, à égale distance d'Equinoxe et de Dérive. Si la plupart de ses îles sont inconnues, nombre d'entre elles dépendent des cités-états qui les ont colonisées. Zeppelin est une des rares cités de l'intérieur à bénéficier d'un vaste territoire d'outre-mer, grâce aux dirigeables qui firent sa réputation. Et pourtant: Pic-de-silence, Ciel-d'or, Zibeline, qu'évoquent ces noms pour nous sinon des indications abstraites sur les caisses de café ou de tabac du quartier des docks? On peut regretter une colonisation beaucoup trop commerciale de ces endroits uniques, ces berceaux d'une faune et d'une flore différentes de celle de Dérive, que les biologistes n'ont que trop rarement l'autorisation d'étudier. A regretter aussi les mensonges que l'on nous sert que trop souvent quand à la réalité des contacts avec les indigènes. Maudite soit mon affliction, car je ne crois pas un traître mot de ce que racontent ces marins vantards à propos de sauvages plus bêtes que leurs pieds, et j'aurais grandement voulu aller voir par moi-même les réalités de la colonisation. On parle de massacres ou d'esclavagisme, et ce sont des rumeurs suffisamment inquiétante pour faire tiquer n'importe quel humain censé! Las, nos dirigeants ferment les yeux. Où peut-être ne peuvent-ils voirs que les profits, en dépit de la Charte Universelle des Gens Civilisés. Doit-on rappeler la censure dont furent victimes les journalistes Louis et Amanda Lunont à la parution de leur Carnets de voyage en Zibeline et Ciel-d'or? Je n'ai personnellement pas réussi à mettre la main sur un exemplaire du livre, qui paraît avoir subi un autodafé intégral de sa seule et unique édition, peu de temps après sa sortie!
Tzabaztha-Eugènie De Baspin, @#%! de foutu essai d'essai sur la nature humaine.

Une farce. Tout se jouait comme dans une de ces farces à trois pièces de cuivre la place qu'on passait dans les théâtres populaires pour distraire des ouvriers qui n'avaient même plus de cœur à rire aux gags grossiers. Acte un, scène un: la mère, la fille, le fiancé. Acte un, scène deux: la mère, le fiancé. Le scénario n'était même pas bon. L'héroïne n'était franchement pas la plus romantique qu'on puisse faire. Elle se pâmait, d'accord, mais pas de manière très artistique. Pour l'heure, la Mère discutait avec le Fiancé, et se rendit soudainement compte que la nuit était tombée.
Mercure devait être rentré depuis longtemps. Il avait dû passer par derrière. Brave garçon. Brave garçon, brave garçon. Il ne pouvait pas être allé au bourg pour boire, oh noooooon. Il était noble. Enfin presque. Même si un petit "de" devant son nom et un manoir comme dortoir étaient les seules marques restantes de son état. Andréa fut soudainement prise d'un doute affreux. Ses fréquentations laissaient à désirer. Elle savait que tout le monde détestait quand elle prenait ses airs hautains à propos des serviteurs, mais à quoi servaient-ils, sinon à prendre des airs hautains à leur propos?
"-Ah, mon ami, la nuit est tombée. J'espère que le métropolitain est toujours en fonctionnement. Quelle heure est-il?"
Hughes sortit une montre à gousset de sa tunique.
"-Vingt heure. Déjà!"
Il avait pâli. Il dépendait encore de ses parents, et ceux-ci étaient strictes sur ses horaires de retour, plus particulièrement ces derniers temps. A croire qu'ils craignaient une fugue. Il était ici pour servir leurs desseins, mais ceux-ci l'ignoraient. Et bien, ils devraient faire avec son retour tardif. Le retour l'inquiétait plus. S'il n'avait pas de métro, il serait bon pour l'ascension à pieds, et cela risquait de l'achever.
Parler avec Andréa avait été un exercice plus qu'épuisant. La noble savait tenir une conversation à la fois insipide et interminable. Il n'y avait eu que la crise d'allergie de sa... Fiancée, puisqu'il lui fallait la considérer ainsi, pour le distraire.
Et il avait eu la désagréable impression d'être jaugé, inspecté, scruté par la mère alors qu'elle lui parlait de la pluie et du beau temps. Cette femme devait posséder une technique redoutable, pour parvenir, à partir d'une discussion sur la pluie et le beau temps, à connaître son adversaire. Un truc de noble. C'était sûrement de cela qu'il s'agissait. Savoir bien paraître en société, était-ce aussi savoir disséquer une âme en lui faisant parler de n'importe quoi? Il vit Andréa se mordre la lèvre inférieure, en proie à une intense réflexion.
"-Pourquoi ne pas rester cette nuit? Notre dîner est bientôt prêt, et vous en auriez pour une heure de trajet, au moins. Je peux envoyer un coursier à cheval porter un message à vos parents. Après tout, vous allez faire partie de la maison. S'il-vous-plaît... Si ma fille ne va pas mieux et mon fils ne revient pas, je vais dîner seule, et vous êtes d'une compagnie agréable."
Hugues se mit à bredouiller.
"-Ah... Pourquoi pas? Après tout, je *vais faire partie de la maison*."
Il n'avait pas pu empêcher l'amertume de teinter ces derniers mots. Une épouse qui ne lui portait aucune attention, une belle-mère franchement collante, un beau-frère visiblement peu concerné composait la "maison". Il espérait vraiment que les domestiques seraient d'une compagnie plus agréable, parce qu'il n'aurait pas grand-chose d'autre dans les années à venir.

Mercure dormait sagement, avachi sur une table du quartier des serviteurs, lesquels, pour l'heure, se demandaient ce qu'il fallait faire de lui. Il n'était pas présentable. Sa chute de cheval avait occasionné des bleus, ses cheveux étaient ébouriffés et (Aur soit clément!) il bavait en dormant.
En tout cas, il avait l'air plus heureux que Samian, qui sentait avec angoisse venir le blâme. Mercure buvait l'hydromel comme du petit lait, sans que rien ne laissât penser à une quelconque ivresse, jusqu'à son écroulement sur la table, un air de bienheureux sur son joli visage. Et il laissait ses amis, plus particulièrement le garçon d'écurie, dans un embarras profond. Samian n'avait certainement pas la force de le porter seul à sa chambre, et les autres évitaient avec soin de regarder le jeune maître.
Oh, et puis tant pis! Ce n'était pas une nuit passée endormi sur une table qui allait rendre ce solide jeune homme souffreteux comme sa sœur. On le regarda partir avec curiosité, puis, quand il revint avec un oreiller et une couverture, on se mit à rire. Il glissa le coussin avec précaution sous la tête de Mercure, qui grogna, et le recouvrit de la couverture, de facture assez laide mais chaude. Puis il recula, contemplant son œuvre.
Le rouquin distribua des regards venimeux à l'assemblée ricanante, et chacun se remit au travail.

Le visage tuméfié de Tzabaztha s'était peu à peu dégonflé. Ursuline était une alliée de poids, elle l'avait oublié. Tzabaztha attira à elle un miroir. Plutôt de l'urticaire que deux heures dans un fauteuil à regarder parler sa mère et Hugues. Sa crise ne l'avait pas embellie, mais elle savait que ça passerait. Ses joues étaient écarlates et la démangeaient comme si elles avaient servi de piste de danse à une fête mondaine pour puces.
Elle avait revêtu une tenue plus confortable que sa robe insensée, et se baladait à présent avec lenteur dans ses appartements, un bouquin de chimie à la main et une livrée de servante sur le dos, mâchouillant un sandwich. (Au poulet. Elle n'était pas allergique au poulet. C'était bon, le poulet.)

Posté par Zyl d Aeryel à 14:32 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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